Plutôt que créer un nouvel office, vous avez décidé d’acheter. Mais acheter une étude notariale n’est pas une transaction classique en immobilier : c’est une opération réglementée, soumise à des conditions strictes d’éligibilité professionnelle, morale et financière.
Avant d’engager une reprise d’office notarial, le candidat doit démontrer qu’il répond aux critères fixés par les textes encadrant l’accès à la profession et l’exercice notarial.
Cet article présente qui peut racheter un office notarial, les conditions pour acheter une étude de notaire, les agréments ou validations nécessaires, ainsi que les points de vigilance pour constituer un dossier solide.
Qui peut acheter une étude notariale ?
Acheter une étude de notaire : par où commencer ? La reprise d’un office est réservée aux notaires remplissant les conditions de nomination. En pratique, plusieurs situations se rencontrent :
- les notaires déjà titulaires ou associés : ils peuvent acquérir les parts ou actions détenues par un associé sortant et réorganiser le capital de l’entreprise, conformément aux statuts et aux règles de la forme sociale (clauses d’agrément).
- Notaires assistants ou notaires salariés : ils peuvent accéder à la titularisation en reprenant une étude existante ou en entrant au capital d’une société notariale (SCP/SEL), sous réserve de respecter les conditions prévues pour l’installation.
- Notaire extérieur à l’étude (reprise externe) : lorsqu’un notaire rejoint une étude qu’il ne connaît pas (ou devient associé pour la première fois dans cette structure), l’opération s’analyse comme une reprise et le dossier est instruit selon la procédure applicable.
SPFPL de notaires : la reprise peut aussi être structurée via une SPFPL, qui détient des participations dans des sociétés titulaires d’offices, à condition que les règles de contrôle du capital et des droits de vote soient respectées.
Conditions et prérequis à l’achat d’une étude notariale
Pour préparer concrètement le dossier et prérequis côté acquéreur, il faut avoir en tête que l’éligibilité à la reprise d’un office notarial repose sur trois blocs : conditions professionnelles, moralité/probité, conditions matérielles et administratives. Les autorités apprécient aussi la cohérence globale du projet (gouvernance, transparence, continuité du service).
1/Conditions professionnelles
Le candidat doit démontrer un niveau de qualification et une aptitude à diriger l’office. Il doit notamment :
- être titulaire du DESN, généralement obtenu après un Master orienté droit notarial et un parcours de formation professionnelle au sein de l’INFN,
- justifier d’une expérience suffisante (notaire assistant, notaire salarié, notaire associé, etc.) pour attester d’une maîtrise opérationnelle ;
- être en capacité d’assurer la direction effective : encadrement d’équipe, organisation de la production d’actes, respect des obligations professionnelles, pilotage des moyens.
2/Conditions de moralité et de probité
Avant toute autorisation, les autorités procèdent à un contrôle approfondi de la situation personnelle et professionnelle du candidat. Le parquet général vérifie notamment :
- l’absence d’antécédents disciplinaires ou pénaux incompatibles avec l’exercice de la fonction ;
- la régularité fiscale et sociale ;
- la réputation professionnelle et le comportement déontologique du candidat, conformément aux exigences posées par le décret du 5 juillet 1973.
3/Conditions matérielles et administratives
Le dossier doit être complet, structuré et cohérent, comprenant notamment :
- les éléments d’identité juridique du projet (statuts, projet de cession, justificatifs du candidat) ;
- un plan de financement détaillé et les bilans de l’étude reprise ;
- les attestations de garantie financière,
- un projet d’organisation de l’office, précisant les moyens humains, matériels et informatiques envisagés.
Au-delà des critères strictement personnels, l’éligibilité de l’acquéreur s’apprécie également au regard de la gouvernance du projet de reprise : répartition du capital, modalités de décision, articulation des pouvoirs entre associés.
Bon à savoir :
Dès les premiers échanges, la signature d’un accord de confidentialité (NDA) est indispensable afin de sécuriser la transmission des informations sensibles et de l’historique de l’étude (données financières, organisation interne, clientèle).
Autorisation et agréments nécessaires à l’acquisition d’un office
L’acquisition d’une étude notariale est subordonnée à une chaîne de validations successives, destinées à garantir la régularité de l’opération et l’aptitude du candidat. Il est donc essentiel d’identifier en amont les délais et jalons à anticiper, car chaque étape conditionne la suivante.
1/ L’agrément des associés (si l’étude est une société) :
Lorsque l’étude est exploitée en société, l’entrée d’un nouvel associé ou la reprise de titres suppose, en premier lieu, l’accord des associés en place, conformément aux statuts.
- Dans une SCP, l’agrément doit être donné par les associés exerçants représentant au moins les 3/4 des parts sociales,
- Dans une SEL, l’agrément relève en principe de l’assemblée générale extraordinaire, à la majorité simple.
2/ Le contrôle du parquet général :
Une fois les validations internes obtenues, le dossier de reprise est instruit par le parquet général compétent. Il examine ainsi :
- la moralité du notaire candidat,
- sa solvabilité financière,
- et sa capacité à assurer la continuité du service public notarial.
3/ L’avis consultatif du Conseil supérieur du notariat (CSN) :
À la demande du ministère de la Justice, le Conseil supérieur du notariat peut être sollicité afin de formuler un avis consultatif sur les compétences professionnelles et l’honorabilité du candidat à la reprise. Dans cette hypothèse, le CSN dispose d’un délai de vingt jours pour se prononcer.
4/ La nomination par arrêté du Garde des Sceaux :
La procédure s’achève par la nomination officielle du notaire repreneur, prononcée par arrêté du garde des Sceaux, publié au Journal officiel.
Ce n’est qu’à compter de cette publication que l’acquéreur est juridiquement habilité à exercer et à percevoir les émoluments attachés à l’office.
Formes d’acquisition d’un office : parts sociales ou droit de présentation
Deux grands cadres juridiques coexistent selon la structure de l’étude.
1/La cession de parts sociales (SCP, SEL, SPFPL)
L’acquéreur devient associé de la société titulaire de l’office, en rachetant tout ou partie des titres détenus par un associé sortant.
La cession de parts sociales (cadre et étapes) implique notamment :
- le respect des règles de gouvernance interne (agrément des associés, clauses statutaires),
- l’application des règles relatives à la cession de droits sociaux,
- ainsi que le contrôle institutionnel.
2/Le droit de présentation dans les offices individuels
Dans le cas d’un office individuel, la transmission repose sur le droit de présentation : le notaire titulaire propose un successeur au garde des Sceaux, lequel procède à la nomination après instruction du dossier.
L’opération inclut la cession des éléments corporels et incorporels attachés à l’activité (dont la cession de clientèle : conditions et limites). Le prix est négocié entre les parties, sous contrôle de la Chancellerie afin de vérifier sa cohérence au regard des usages.
Capacité financière et preuves d’éligibilité
La capacité financière est déterminante : sans se substituer à l’analyse bancaire, les autorités doivent apprécier la solidité et la pérennité de la cession. Par conséquent, financer l’acquisition (modes & preuves) ne se limite pas à obtenir un prêt.
1/ Les justificatifs financiers attendus
Le dossier d’acquisition d’une étude notariale doit comporter des éléments précis permettant d’évaluer la viabilité du projet de cession :
- un plan de financement détaillé, faisant apparaître l’équilibre global de l’opération ;
- les attestations de garanties financières et de responsabilité civile professionnelle ;
- les engagements permettant d’apprécier le niveau d’endettement ;
- la justification de l’origine des fonds, conformément aux exigences de transparence financière.
Ces pièces ne visent pas à juger l’opportunité économique du projet, mais à vérifier que l’acquéreur dispose des moyens nécessaires pour assurer la continuité et la sécurité du service notarial.
2/ La crédibilité économique du projet
Au-delà des chiffres, le parquet général s’attache à :
- la logique économique du projet au regard de l’activité de l’étude reprise ;
- la capacité du candidat à maintenir l’équilibre financier de l’office ;
et la compatibilité du financement avec les charges structurelles de l’étude.
Les modalités de financement (fonds propres, prêts, structuration) relèvent du financement, mais conditionnent la crédibilité du dossier.
Sélection de la cible et due diligence d’éligibilité
Avant toute acquisition, le notaire repreneur doit vérifier la conformité de l’étude et identifier les risques juridiques ou financiers. Pour structurer cette phase, le Cabinet Bontemps propose 6 conseils d’expert pour réussir l’achat d’une étude de notaire.
1/ Les points d’analyse essentiels
La revue préalable porte notamment sur :
- la régularité des statuts, des pactes d’associés et des règles de gouvernance ;
- la conformité comptable, sociale et fiscale de l’étude ;
- l’absence de contentieux en cours, de passifs latents ou de risques disciplinaires ;
- le degré de dépendance à un client principal, à un partenaire institutionnel ou à un type d’actes ;
- la conformité RGPD et la fiabilité des outils informatiques.
Ces éléments conditionnent non seulement la décision du repreneur, mais également l’appréciation portée par les autorités lors de l’instruction du dossier.
2/ Le rôle clé de l’audit préalable
La due diligence constitue une étape déterminante du processus d’acquisition car elle permet d’identifier en amont les points de fragilité susceptibles :
- d’affecter la valeur de l’étude,
- de retarder l’instruction par le parquet général,
- ou de faire obstacle à la nomination.
Comme le souligne Alexandre Panossian, directeur associé du cabinet Bontemps, une due diligence approfondie protège autant le cédant que le repreneur : elle sécurise la valeur de l’étude et évite les blocages lors de la validation ministérielle.
Cas particuliers : Racheter son propre office (OBO)
OBO : pourquoi et comment ? L’Owner Buy Out (OBO) consiste, pour un notaire déjà en exercice, à racheter tout ou partie de son propre office via une structure interposée (le plus souvent une SEL ou une SPFPL). Ce schéma est utilisé pour réorganiser le capital, préparer une transmission ou structurer un patrimoine professionnel.
Sur le plan réglementaire, l’opération demeure soumise :
- aux règles de gouvernance applicables à la forme sociale retenue ;
- au contrôle des instances notariales (parquet général, ministère de la Justice) ;
- et à la démonstration de la réalité économique de l’achat (prix, capacité financière, cohérence, etc.).
L’achat d’une étude notariale est une décision importante qui se prépare. Au-delà de l’opportunité d’affaire, l’essentiel est de sécuriser votre éligibilité (qualification, honorabilité, capacité financière) et de présenter un dossier clair, complet et cohérent afin de fluidifier l’instruction et d’éviter les blocages.
Vous souhaitez vérifier votre éligibilité à l’achat d’une étude ? Contactez un expert du Cabinet Bontemps.
Qui peut acheter une étude notariale ?
Un notaire peut acquérir une étude dès lors qu’il satisfait aux conditions de nomination (diplôme, expérience, moralité et solvabilité).
👉 Pour la préparation du dossier acquéreur : 6 conseils d’expert pour réussir l’achat d’une étude de notaire.
Quelles preuves financières sont exigées ?
Le dossier doit démontrer une capacité réelle à financer l’opération et à assurer la pérennité de l’étude après reprise. Les autorités attendent notamment un plan de financement, des attestations de garanties et la justification de l’origine des fonds.
👉 Détail des preuves attendues : comment financer votre office notarial
Quels agréments sont nécessaires pour acheter une étude ?
Selon la structure de l’office et l’opération envisagée, il peut être nécessaire d’obtenir :
- l’agrément des associés (si l’étude est en société et que les statuts l’exigent),
- l’instruction du dossier par le parquet général,
- un avis consultatif du CSN (le cas échéant),
- puis la nomination par arrêté du garde des Sceaux
👉 Sur la méthodologie de constitution du dossier : 6 conseils d’expert pour réussir l’achat d’une étude de notaire.
L’éligibilité est-elle la même pour une création d’office ?
Les conditions de diplôme, de moralité et de solvabilité sont comparables, mais la création repose sur un cadre distinct, lié aux zones d’installation et à l’absence de reprise d’actifs existants.
👉 Comparatif détaillé : acheter une étude de notaire ou créer son office : que choisir ?
